Journal de Nagasaki

Quatre cent vingt kilomètres séparent Hiroshima de Nagasaki à l’extrême-ouest de l’île. Nous arrivons dans une ville plus bruyante, plus « latine », moins moderne qu’Hiroshima.

Le nom de Nagasaki n’était pas dans la liste des villes choisies par le Pentagone pour lancer la seconde bombe atomique. Au dernier moment, une météo clémente et l’arsenal naval important ont décidé autrement de son destin.

Le 9 août 45 à 11h03, une bombe H au plutonium réduisait Nagasaki en cendres.

Aujourd’hui, comme à Hiroshima, la ville possède son parc de la paix construit sur l’épicentre de l’explosion. Bien plus petit, il arbore à coté du ground zero les restes de la façade de la cathédrale terrassée par la bombe. Car une partie de la population de Nagasaki est catholique, une religion héritée des missionnaires arrivés au XVI ème siècle au Japon. Et beaucoup de fidèles sont morts dans l’explosion. Selon le professeur Takao Takahara rencontré à Hiroshima, la religion catholique a encore une grande influence à Nagasaki et rend son engagement moins politique que celui d’Hiroshima.

Takao nous emmène au Masaharu memorial, un musée géré par une fondation privée qui expose l’histoire des milliers de Coréens et de Chinois engagés de force dans les mines, l’industrie, l’armée et des femmes coréennes, contraintes à la prostitution. Maltraités, méprisés, ils étaient exécutés à la première contestation. Takao précise que peu de Japonais connaît leur histoire; il est urgent de la faire découvrir ajoute-t-il.

L’exploration continue dans le musée de la bombe atomique qui donne à voir les reliques, les vêtements, les dernières traces de vie de disparus et de multiples photos de Nagasaki avant et de Nagasaki après. Mais je ne trouve rien qui évoque la censure américaine. La seconde partie du musée révèle l’histoire du développement des armes nucléaires dans les pays nucléarisés (États-Unis, Russie, France, Chine, Royaume-Uni, Israël, Inde, Pakistan et Corée du Nord ) de la guerre froide à aujourd’hui. Même si la tendance est à la baisse, le nombre de 17 000 missiles nucléaires fait froid dans le dos !

Le matin suivant, je participe à une conférence à l’université sur la situation politique de l’industrie des armes nucléaires dans le monde aujourd’hui organisée par un laboratoire de recherche pour l’abolition des armes nucléaires (le recna)

Keiko Nakamura , professeure associée à l’université de Nagasaki est le rapporteur. Son intervention est passionnante. A la fin de la rencontre, elle me présente à Masao Tomonaga, médecin hématologue, très impliqué dans les maladies des hibakushas et de leurs descendants. Il a été directeur de l’hôpital de la croix rouge où a été tournée la bobine. Comme il est pris par les commémorations, nous convenons que je lui envoie les images de la bobine par mail et en retour, qu’il la commentera et répondra à toutes mes questions.

Keiko tente vainement de me faire rencontrer un chercheur, Mr Motsuda, spécialiste des films tournés entre 1945 et 1951 à Nagasaki mais il ne parle pas anglais. Nous convenons de communiquer par email que ses étudiants traduiront.

Enfin, le 9 au matin, nous allons à l’école primaire de Shiroyama dont la majorité des élèves et des enseignants sont morts le 9 août 45. Chaque année, les enfants et leurs professeurs organisent une cérémonie. Le discours du directeur d’école est poignant. Il évoque les hibakushas dont la mémoire vive s’évanouit peu à peu et souligne l’importance de transmettre leur histoire. Aux enfants, ils demandent de ne jamais oublier.

A cette cérémonie, Takao nous présente Koko, une hibakusha drôle et chaleureuse qui vient chaque année de Kyoto aux commémorations d’Hiroshima et de Nagasaki. Elle ne sait pas comment nous aider aujourd’hui mais insiste pour que je la recontacte si besoin.

Puis nous rejoignons le parc où a lieu la cérémonie officielle retransmise par la télévision publique. Moins formelle qu’à Hiroshima, je retiens le discours virulent contre les armes atomiques donné par un hibakusha.

Après la cérémonie, Matsuhiro nous présente deux survivants avec qui nous allons voir et commenter la bobine : Terumi Tanaka et Masako Wada.

Président d’une organisation nationale des survivants de la bombe A et H, Terumi avait treize ans quand la bombe a explosée. Devant les images, Il se rappelle très bien des maladies qui sont apparues les unes après les autres et reconnaît l’hôpital Omura de Nagasaki où a été tourné le film. Il n’a jamais ses images mais pense tout de suite au professeur Docteur Masao Tomanoga pour mieux les commenter.

Terumi et Masako reviennent sur la venue du président Obama en juin dernier. Ils sont déçus qu’il n’ait pas présenté ses excuses à ceux qui sont morts et aux familles qui ont perdu leur enfants.

Terumi ajoute qu’Obama a dit dans son discours « il y a 71 ans la mort est tombée du ciel ».« Elle n’est pas tombée du ciel, précise-t-il ce sont les Américains qui l’on envoyé »


9 AOUT

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